Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan

Pour quelles raisons obscures n’avais-je encore rien lu de  Delphine de Vigan ? Maintenant que c’est chose faite je vous encourage à en faire de même.

Sans avoir lu de critiques sur « Rien ne s’oppose à la nuit », je m’étais promis de lire ce livre car définitivement cette femme, dont je partage la même année de naissance, me parlait. Le titre, emprunté à Fauque et Bashung, extrait de « Osez Joséphine », était pour moi un signe supplémentaire, si ce n’est évidement de bon goût, de connivence.

Et comme j’ai bien fait. Je suis partie au Québec, le livre coincé entre mon passeport et le guide. Belle idée ! Malade comme un chien les 3 premiers jours, j’ai lu coincée dans mon lit, laissant passer les bateaux sur le St Laurent, sans regretter 30 sec d’être dedans plutôt que dehors. Mon voyage a commencé dès la première page.

Suite au suicide de sa mère, qu’elle retrouve elle, Delphine le Vigan, morte dans sa chambre, l’auteure choisit d’enquêter sur la vie de sa mère. Cette (en) quête, ces témoignages croisés, ces souvenirs véridiques ou pas, vont construire le roman et le rendre doux-amer. Delphine Le Vigan retrace la vie de sa mère, Lucile, son enfance en apparence heureuse et sans histoire, plutôt même chanceuse (modèle pour des publicités, famille très nombreuse, mère dévouée, drôle, père inventif, moderne)… famille que Delphine le Vigan qualifie même de « bobo » avant l’heure. Mais c’est sans compter sur les drames que la vie vous jette en pleine figure, sans compter sur la mort, les non-dits, les suicides…

Lucile, jeune fille mystérieuse et plutôt tranquille sera maman très jeune, divorcera rapidement et le second pan de la comédie dramatique de la VIE se jouera d’elle : descente aux enfers, névroses, folies, séjours en hôpital psy… puis l’accalmie (médicaments, bons dosage..), la délivrance par le travail, la recherche du bonheur simple, l’acceptation de soi en tant que personne « à part » (oui j’ai le droit d’être différente) … et enfin la porte de sortie inattendue : le suicide.

Lucile laisse à ses filles une lettre : « Je sais bien que ça va vous faire de la peine mais c’est inéluctable à plus ou moins de temps et je préfère mourir vivante. »

On comprend à travers ce livre, que Delphine Le Vigan cherchait la réponse à cette question « Peut-on empêcher un suicide ». Son fils lui en donne la réponse (à travers un devoir écrit à la maison) : « Non, personne ne peut empêcher un suicide. »

Vous pourriez croire que ce livre est triste, moribond, glauque… c’est tout l’inverse. Il est lumineux, tendre, drôle aussi. Car Delphine Le Vigan est bien vivante et son écriture clair, percutante est toujours sincère.

Extrait : « Un jour je me suis levée et j’ai pensé qu’il fallait que j’écrive, dussé-je m’attacher à ma chaise, et que je continue de chercher, même dans la certitude de ne jamais trouver la réponse. Le livre, peut être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

Abouti, il l’est. Lisez-le.

Carol

De l’auteure

- Nô et moi, adapté au cinéma par Zabou

- Les heures souterraines.

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